La chronique de Bocage

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Raphaël Enthoven, un "professeur de philosophie"...

Entendu ce matin, 8 novembre, à la radio Europe 1, à 9h, à "La morale de l’info", chronique de l’émission "La Matinale d’Europe 1" avec Raphael Enthoven:

Plus qu’un délit ou un scandale, le négationnisme est d’abord une fausse science

Cinq mille euros seront offerts à quiconque démontrera, au terme d’un débat libre, loyal et courtois, que les chambres à gaz hitlériennes ne sont pas un mythe de propagande. Cette phrase, on la trouve dans l’une des deux vidéos qui ont valu au négationniste Vincent Reynouard 5 mois de prison pour contestation de crime contre l'humanité.

Exactement, il a dit ça ! Je ne peux pas m’attarder ici sur le cas de Vincent Reynouard qui n’est pas seulement négationniste mais ouvertement, de son propre aveu d’ailleurs, nazi et qui n’en est ni à son premier fait d’armes ni à sa première condamnation. En revanche, il est essentiel, je crois, de s’arrêter sur cette phrase, indépendamment de son auteur, parce qu'elle permet de mettre le doigt sur une constante du discours négationniste et qu¹on appelle l'inversion de la charge de la preuve.

C’est-à-dire ?

Que raconte Vincent Reynouard ? Que c’est à ceux qui contestent ses thèses de les invalider. Autrement dit : Vous pensez que j’ai tort ? Alors, démontrez-le, et, si vous n’y parvenez pas, c’est vous qui avez tort et donc moi qui ai raison. Cqfd. Or ça ne marche pas du tout comme ça. Ce serait trop facile : si demain matin, Max, j’affirme que vous êtes un extra-terrestre déguisé en journaliste (et que.. et queŠ), eh bien, mon cher Max, ce ne sera pas à vous de démontrer que je dis des bêtises et vous n’y parviendrez pas, d’ailleurs, puisque tout ce que vous direz sera interprété par moi comme la preuve supplémentaire de votre duplicité. Mais ce sera à moi de démontrer ce que je raconte, sinon on peut tout dire. Celui qui dit n’importe quoi ne peut jamais être démenti.

Et c’est pour ça que Vincent Reynouard est prêt à offrir 5.000 euros au premier qui lui donnera tort.

Ben oui, évidemment, bien sûr ! Il pourrait même aller jusqu’à 500.000 euros, 5 millions ; il (ne) risque pas de les payer. La condition première d’un débat, qui est de critiquer sa propre thèse pour l¹ouvrir aux arguments d’en face, n’est absolument pas réunie. L’idée totalement saugrenue -et toujours en attente de démonstration- selon laquelle, citation, "les chambres à gaz sont un mythe de propagande", est, en un sens, parfaitement irréfutable puisqu’elle est indémontrée. Dire ça est aussi absurde que d’affirmer qu’une théière spatiale est en orbite entre la Terre et Mars (c’est le philosophe Bertrand Russell qui prend cet exemple). Personne, jamais, ne sera en mesure d’affirmer le contraire sauf que ça ne prouve rien. Tout ce qu¹on peut en dire c’est, comme tout et n¹importe quoi, c’est peut-être vrai. Or, le négationnisme, d’un point de vue strictement méthodologique, c’est ça : c’est un tour de passe-passe qui consiste à présenter comme solide une thèse non réfutée, alors qu¹elle n’est irréfutée que parce qu’elle est délirante, et qui, inversant la charge de la preuve, donc, considère, à tort, qu¹on a raison tant que personne ne nous a donné tort.

Et la morale de l’info ?

La morale de l’info, c’est que ce qu'on affirme sans démonstration s’infirme sans arguments."

Vincent, affirmer quelque chose "sans démonstration" ? Il réclame un "débat libre, loyal et courtois" ! Pour se consoler devant tant de mauvaise foi de la part de ce M. Enthoven, on se contentera de relever que l’idée selon laquelle "les chambres à gaz sont un mythe de propagande" est "toujours en attente de démonstration", donc elle sera peut-être un jour démontrée !!!

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Retirer la kippa, très imprudent d'être si prudent

Pour Raphaël Enthoven, il serait imprudent d'être "prudent" en enlevant sa kippa jusqu'à "des jours meilleurs qui ne viendront jamais".

Nul ne devrait en République se cacher d’être juif...

...Tout le monde porte déjà une kippa, que cette kippa soit un voile, une boucle d’oreille, une mini-jupe, un turban ou une écharpe de l’OM. Toute personne attachée légitimement au spectacle de son identité est la victime possible de ce genre d’agresseurs. C’est pour cela que nous pouvons dire que sommes tous juifs."

Il rappelle les propos de Jean-Paul Sartre :

Pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un juif en France et dans le monde entier pourra craindre pour sa vie."

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Si le juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait

Il n’est pas nécessaire d’être juif pour être victime de l’antisémitisme. Il suffit d’être désigné comme tel. L’antisémitisme n’a pas besoin du judaïsme, pas plus que la jalousie n’a besoin de la culpabilité du conjoint ou que l’homophobie n’a besoin de l’homosexualité pour traiter n’importe qui de pédé. Ce sont des passions autonomes.

Peu importe aux jeunes barbares de Bussy-Saint-Georges que leur victime soit réellement juive, l’essentiel est de lui taper dessus à ce titre. Le réel ne les intéresse pas, le soupçon leur suffit. N’importe qui fait l’affaire.

Ce qui a le double avantage d’étendre au monde entier le régime de la suspicion tout en réduisant le judaïsme à la seule idée que l’on s’en fait. Ce n’est pas un geste idiot, c’est beaucoup plus grave que cela.

C’est une imputation de judaïsme, en vertu de ce que l’on tient de sa définition. En l’occurrence, est juive ou le serait toute personne qui travaille dans une entreprise dont le nom sonne juif. Or, ce geste-là se retrouve à tous les niveaux.

Souvenons-nous de l’article de Tariq Ramadan, paru en 2003, sur ce qu’il appelait les –intellectuels communautaires-, où il s’en prenait à Pierre-André Taguieff, un chercheur sur l’antisémitisme, qui n’est absolument pas juif. Dans le cas de l’agression de Bussy-Saint-Georges, la méthode est la même et l’erreur est identique.

Ici, comme ailleurs, cela commence par des mots et cela finit par du sang. La morale de l’info est de Sartre : Si le juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait"