Source:
www.freepdf.info


Par Léon Degrelle


1981, interview recueillie par Jean Kapel et publiée
dans la revue «Histoire magazine», N° 19, septembre

Pouvez‐vous nous raconter votre première rencontre avec Hitler ?

Elle a eu lieu durant l’été de 1933. J’avais déjà assisté à un meeting du Chancelier qui s’était tenu peu de temps après la prise du pouvoir et j’avais été vivement impressionné par l’extraordinaire succès populaire que rencontrait le nouveau maître de l’Allemagne.

L’avenir de ce pays intéressait directement le responsable politique belge que j’étais alors et les souvenirs de la Première Guerre mondiale m’inclinaient à une certaine méfiance. Je fis donc un voyage privé en Allemagne, accompagné de mon épouse et de quelques amis rexistes. Nous étions à peine arrivés à Berlin que nous reçûmes une invitation à déjeuner de Ribbentrop, qui dirigeait la politique étrangère du Reich. Ce déjeuner fut suivi d’une invitation à prendre le thé chez le Führer lui‐même. Je dois vous dire que je n’ai pas eu le temps d’apprécier le thé en question. J’ai subi ce jour là un véritable coup de foudre: Hitler et moi avons été littéralement passionnés l’un par l’autre. Hitler n’était pas un homme comme les autres, il ne ressemblait en rien aux politiciens que j’avais eu l’occasion de rencontrer jusque‐là. C’était un homme extrêmement simple, vêtu simplement, parlant simplement, très calme, contrairement à tout ce qu’on a pu raconter. Il était plein d’humour et très drôle dans sa conversation. Sur toutes les questions, politiques, économiques, sociales ou culturelles, il était porteur de vues absolument neuves, qu’il exprimait avec une clarté et une conviction qui entraînaient l’adhésion de ses auditeurs. Il savait conquérir les individus et les foules par le rayonnement étrange de sa personnalité. Il y avait quelque chose de génial chez lui, c’est ce qui lui a permis, simple caporal autrichien d’extraction obscure, de conquérir le pouvoir, de sortir l’Allemagne de l’une des crises les plus terribles de son histoire et d’engager son pays dans un conflit titanesque, où il faudra la coalition de toutes les puissances du monde pour réussir à le vaincre.

Les historiens des siècles futurs seront bien obligés, quand les passions se seront apaisées, de lui reconnaître l’importance qui lui revient dans l’histoire du 20ème siècle. Il aura marqué l’histoire autant que Napoléon, même si sa tentative gigantesque a échoué.

Ne craignez vous pas de choquer l’immense majorité des gens en employant le mot «génie» à propos d’un homme qu’on considère aujourd’hui comme un redoutable criminel ?

Il est grand temps de rétablir la vérité à ce propos. La justice du procès de Nuremberg n’était qu’une parodie de justice dictée par les vainqueurs. Les chefs d’accusation de complot, et de complot contre la paix, sont particulièrement grotesques quand on sait comment les bolcheviks sont arrivés au pouvoir en Russie, comment l’URSS s’est partagé la Pologne avec Hitler en 1939 et quand on rappelle que ce sont la France et l’Angleterre qui ont déclaré la guerre à l’Allemagne en septembre 1939, après que celle‐ci, je l’admets, eût attaqué la Pologne, avec la bénédiction du camarade Staline. En matière de crimes de guerre, les Alliés feraient bien de regarder ce qu’ils ont fait eux‐mêmes avant d’accabler les Allemands. Les bombardements de populations civiles à Dresde, à Tokyo et à Hiroshima ou Nagasaki n’ont pas valu à MM. Churchill, Roosevelt et Truman la vindicte de la conscience universelle. Les massacres de civils réalisés en Allemagne en 1945, notamment celui de Freudenstadt, sont à condamner au même titre que celui d’Oradour, (nous renvoyons nos lecteurs à l’étude produite par Vincent Reynouard concernant le drame d’Oradour Sur Glane) et que dire de la livraison des Cosaques à Staline par les Anglais? N’insistons pas sur le sort qui fut réservé aux Croates par leurs «libérateurs» serbes. La plus grave accusation portée contre l’Allemagne nationale socialiste est celle de «crimes contre l’humanité» et se rapporte principalement aux exactions et aux massacres perpétrés contre les Juifs. M’étant constamment battu sur le front de l’Est, je n’ai pas de témoignage personnel à apporter à ce sujet, mais je vous renvoie aux travaux très nombreux de ce qu’on appelle aujourd’hui l’école «révisionniste». On ne peut de toute manière juger Hitler et le national‐socialisme de ce seul point de vue. Est ce que les crimes et les génocides autrement considérables qu’ont réalisés les Soviétiques sous Staline et leurs émules en Chine ou en Indochine tout récemment suscitent beaucoup d’états d’âme chez les gens qui se proclament encore aujourd’hui communistes ?

Quels sont les aspects qui vous ont initialement le plus frappé dans la politique hitlérienne ?

Ce fut tout d’abord son extraordinaire efficacité. Hitler héritait d’un pays ruiné, comptant six millions et demi de chômeurs. En l’espace de trois ans, il l’avait tiré de la crise, bien mieux que n’avait pu le faire Roosevelt pour l’Amérique avec sa politique du New Deal, et, contrairement à une légende tenace, ce n’est pas en lançant dès 1933 une politique de réarmement, qui n’interviendra qu’à partir de 1937, mais en ayant recours à des solutions simples telles que le lancement d’une politique de grands travaux, l’établissement du service du travail pour les jeunes, la mise en œuvre d’une politique sociale qui n’avait alors aucun équivalent en Europe. Congés payés, logements ouvriers, diffusion de la voiture populaire, loisirs organisés, autant de nouveautés qui attachèrent jusqu’à la fin l’immense majorité du peuple allemand à celui qu’il s’était donné pour chef. Il faut en effet rappeler que la victoire politique de Hitler fut obtenue par les voies les plus démocratiques qui soient. Hitler est devenu Chancelier du Reich dans la légalité: toutes les grandes décisions qu’il a prises, le départ de la SDN, la confusion sur son nom des fonctions de chancelier et de président après la mort de Hindenburg, ont été confirmées par des plébiscites au cours desquels il a obtenu des majorités écrasantes et il est vain de prétendre que les Allemands votaient sous la terreur. En janvier 1935, le plébiscite de la Sarre s’est déroulé sous contrôle international et Hitler n’a même pas pu faire un discours sur ce territoire avant le scrutin, ce qui n’a pas empêché les Sarrois de se prononcer à 91 % pour le rattachement à l’Allemagne.

J’étais à Vienne au moment de l’Anschluss et je peux vous dire à quel point il fut accepté dans l’enthousiasme par le peuple autrichien, dont les dirigeants sociaux‐démocrates réclamaient déjà, en 1919, la réunion à l’Allemagne interdite par les traités. Les vainqueurs de la Première Guerre mondiale s’étaient faits les champions du droit des peuples à disposer d’eux‐mêmes, à condition que cela ne risquât pas de favoriser l’Allemagne vaincue. Une telle hypocrisie ne pouvait durer bien longtemps.

Le national‐socialisme apparaît comme un avatar du nationalisme allemand et comme l’héritier du pangermanisme du début du siècle. Il est surprenant qu’il ait pu séduire les étrangers, en l’occurrence un Belge tel que vous.

Il y avait dans le national‐socialisme, c’est vrai, une dimension étroitement allemande héritée du 19ème siècle et de l’esprit de revanche qu’avait engendré le traité de Versailles, mais, selon moi, Hitler était à même d’aller bien au‐delà de ces conceptions étriquées.

Pour lui, l’Allemagne ne fut qu’un instrument au même titre que la France de 1800 ne fut qu’un instrument pour Napoléon. Ce dernier était à moitié italien, alors que Hitler était Autrichien ; l’un comme l’autre, ils ont voulu réaliser un rêve impérial qui devait logiquement dépasser les frontières étriquées de leur pays d’adoption. J’ai posé un jour la question à Hitler: je lui ai demandé ce qu’il était, s’il était allemand ou européen et il m’a fait cette réponse tout à fait surprenante en me disant: «Je suis grec …». Il voulait dire par là à quel point il se sentait l’héritier de toute la culture européenne, vieille de trois mille ans, bâtie sur ce vaste espace qui va des forêts germaniques aux côtes méditerranéennes.

Il ne m’a pas caché à quel point il accordait peu d’intérêt aux recherches archéologiques, qui constituaient la manie de Himmler et des gens de l’Ahnenerbe qui cherchaient à privilégier les origines germaniques. Avec un peu plus de temps et poussé par un nombre grandissant d’Européens qui, à la faveur de la guerre, avaient découvert la révolution nationale socialiste, il aurait dépassé le cadre étroitement germanique pour réaliser une véritable révolution à l’échelle du continent.

A la fin de la guerre, la moitié des effectifs de la Waffen SS était d’origine non allemande et regroupait des représentants de trente nationalités différentes. C’était l’Armée politique du national‐socialisme qui était en train de s’européaniser et cela n’aurait pas été sans d’importantes conséquences politiques à moyen terme. Tout cela ne pouvait convenir aux militaires allemands de la caste traditionnelle des officiers prussiens, passéistes et arrogants, qui n’avaient rien compris à l’enjeu du combat que nous avions engagé.

Cette collaboration militaire semble cependant difficilement admissible. L’Allemagne était pour la Belgique ou pour la France l’ennemi de 1940 ?

Bien sûr, mais nous étions persuadés, surtout après les formidables succès obtenus jusqu’en 1942, que l’Europe allait être longtemps sous l’hégémonie allemande. Dans cette perspective, si nous voulions avoir notre mot à dire dans l’avenir de cette Europe nouvelle, nous devions participer, au même titre que les Allemands, à la croisade contre l’ennemi commun bolchevik. La force d’avenir au sein de l’Armée allemande, c’était la Waffen SS, un magnifique corps d’élite vers lequel nous nous sommes tout naturellement tournés, désireux que nous étions de nous battre pour une cause véritablement révolutionnaire et non pour le vieux conservatisme des vieilles droites de nos différents pays d’origine.

Vous étiez le leader d’un mouvement nationaliste belge qui se réclamait du catholicisme. N’y a‐t‐il pas une contradiction avec votre engagement aux cotés des armées hitlériennes ?

On se trompe là aussi à propos de Hitler. Il était intensément croyant et invoquait souvent le nom de Dieu. Il était de formation chrétienne, il avait même été enfant de chœur et chantre à l’église de sa paroisse. Certains leaders nationaux socialistes étaient hostiles à l’Eglise, notamment Bormann et Himmler, pour ne pas parler bien sûr de Rosenberg, mais leur influence sur Hitler était à peu près nulle. Il ne prenait pas très au sérieux les recherches de Himmler sur les anciennes religions germaniques et sa politique fut très favorable à l’Eglise catholique, même si celle‐ci fournit ensuite les opposants les plus déterminés au régime.

Je l’ai rencontré un matin, alors que je m’apprêtais à aller communier et quand je lui fis part de mon intention ‐‐ j’aimais ainsi provoquer l’agacement de mes interlocuteurs allemands, c’était une manière d’exprimer mon indépendance à leur égard ‐, il n’en fut pas du tout surpris et me répondit que sa mère aurait aimé m’accompagner si elle avait été encore vivante. Il était très discret à ce sujet mais portait un véritable culte au souvenir de sa mère, et ce qu’a raconté à ce sujet Kubizek dans ses Mémoires est très révélateur. Ma religion ne me semblait nullement contradictoire avec mon adhésion aux principes et aux idées avancées par Hitler, et il le comprenait fort bien, au point qu’il me fit un jour cette déclaration: «Si j’avais eu un fils, j’aurais aimé qu’il fût comme vous …»

Vous parlez des sentiments «européens» de Hitler. Cela surprend quelque peu quand on évoque son attitude à l’égard de la France et de l’Angleterre.

Elle ne fait que confirmer ce que j’avance. En 1940, il a accordé à une France totalement vaincue et écrasée des conditions d’armistice incroyablement favorables si on les compare à celles qui avaient été imposées à l’Allemagne en novembre 1918, à un moment où pas un pouce du territoire allemand n’était encore occupé par les armées alliées victorieuses.

Pour ce qui est de l’Angleterre, Hitler a cherché à la ménager le plus longtemps possible dans la mesure où il a toujours espéré arriver avec elle à un compromis par lequel elle lui aurait laissé les mains libres pour faire l’unité européenne autour de l’Allemagne, celle‐ci lui laissant la maîtrise des mers et de son empire colonial. Pour Hitler, les Anglais étaient des Germains et devaient pour cette raison finir par s’entendre avec les Allemands. Certains l’avaient compris, mais pas Churchill, qui était un homme du passé et qui ne réalisa pas que l’Angleterre signait sa propre perte en poursuivant cette guerre qui n’allait servir qu’aux puissances extra‐européennes. Ce qu’est devenue aujourd’hui l’Angleterre me dispense de tout commentaire supplémentaire, quand on pense à ce qu’elle fut.

Le racisme hitlérien ne constituait il pas un obstacle insurmontable pour la réalisation de l’Europe que vous évoquez ?

L’hitlérisme devait échapper au carcan étroitement allemand dans lequel l’avaient confiné les héritiers du nationalisme et du pangermanisme traditionnels. Que signifiait ce «racisme» quand nous trouvions chez les Slaves, Polonais ou Russes, ces magnifiques types blonds aux yeux bleus qu’on nous présentait comme la quintessence de la germanité ?

Que signifiait-il quand on sait que la Prusse fut l’œuvre des protestants français émigrés dans le Brandebourg? Tous les Européens appartiennent au même fond racial. Les Lombards étaient des Germains, de même que les Suèves ou les Wisigoths qui s’installèrent en Espagne, et les Scandinaves sont plus nordiques que les Bavarois. Il fallait donc dépasser certaines conceptions trop primaires pour rassembler tous les peuples d’Europe autour de leur héritage commun, autour d’un mythe mobilisateur, la création d’un grand empire mondial qui serait allé de Brest à Vladivostok, le plus formidable ensemble politique, économique, démographique et militaire que le monde eût jamais connu. Etroitement lié au monde arabe, engagé dans le développement des populations arriérées des continents africain et asiatique qui étaient encore sous la domination européenne, une telle construction pouvait changer le cours de l’histoire. Qu’on ne vienne pas me dire qu’une telle puissance aurait été dominatrice et oppressive pour les autres peuples. Faut‐il rappeler, par exemple, qu’il y avait trois divisions musulmanes à la Waffen SS? Quand on sait de quelle manière, aujourd’hui, les Soviétiques maintiennent leur domination sur les peuples d’Europe orientale et comment les puissances occidentales nanties s’accommodent de la misère des peuples pauvres, on peut imaginer que les choses auraient pu évoluer autrement si le temps l’avait permis et si les esprits avaient pu évoluer suffisamment vite, notamment du coté des Allemands, dont beaucoup n’avaient rien compris à l’ampleur de la révolution hitlérienne.

Vous ne pouvez contester que le résultat de l’aventure hitlérienne a été catastrophique pour l’Europe qui vous est si chère. Le bilan apparaît bien lourd et on imagine mal comment le programme que vous présentez aurait pu se réaliser.

On ne peut évidemment refaire l’histoire, mais je crois que le bilan des vainqueurs n’est guère plus brillant. L’empire soviétique s’est doté de la première puissance militaire du monde et continue à écraser les aspirations à la liberté des peuples d’Europe de l’Est et, plus récemment, du peuple afghan. Ne parlons pas des holocaustes engendrés en Asie par la victoire des communistes. A l’Ouest, la civilisation du seul profit matériel dégoûte de plus en plus une jeunesse qui ne peut se résoudre à accepter la réduction au niveau de tubes digestifs que lui propose la société de consommation. La délinquance ou la drogue sont la rançon de cette situation. A l’heure où nous assistons au réveil de l’Islam, alors que l’American Way of Life laisse les peuples insatisfaits, aucune espérance n’est offerte à la jeunesse d’Europe, laissée à elle‐même et à sa misère spirituelle. Où se trouve la solution ?

Eh bien, je vais vous surprendre, au risque de déchaîner contre moi la colère de nouveaux ennemis: j’attends beaucoup du peuple russe. Il représente une force encore saine et il ne supportera pas éternellement son régime de bureaucrates gâteux dont l’échec est total dans tous les domaines.

J’espère qu’un jour un jeune Bonaparte sortira de l’Armée rouge comme aurait pu le faire Toukhatchevski en 1938, et qu’il rompra avec le fatras idéologique débile qui étouffe la plus grande nation blanche qui soit encore décidée à agir sur l’histoire. Là où Napoléon et Hitler ont échoué, c’est peut‐être le fils de l’un de nos adversaires du Caucase et de Tcherkassy qui réussira en rassemblant autour de la Russie, guérie du virus communiste, tous les peuples européens pour entraîner le monde dans une nouvelle marche en avant.