La chronique de Bocage

reinhold_elstner.jpg

Reinhold Elstner

Un correspondant qui vient seulement d'avoir connaissance de notre message du 25 avril dernier intitulé "Hommage au martyr Reinhold Elstner" -Elstner, l’homme qui, il y a 21 ans, s'immolait par le feu à Munich en signe de protestation contre "le Niagara de mensonges" déversé sur son peuple- nous a adressé le message suivant :

C'est la lettre qu'a laissée Reinhold Elstner qui m'a profondément remué, comme m'avait à l'époque impressionné son geste. Si profondément que, lorsqu'a été annoncée par la suite une commémoration devant la Feldherrnhalle, probablement pour l'anniversaire de son sacrifice, je n'ai pas voulu manquer cela et j'ai résolu avec un camarade (...) de prendre part au culte du héros. Nous étions sur place bien à temps. Il faisait très beau temps en ce tout début d'après-midi. Nous nous attendions à voir, sinon une concentration de foules, au moins un groupe se former. Nous avons repéré sans problème l'emplacement de l'autodafé sur un assez large espace d'asphalte fondu, mais il n'y avait personne en dehors des allées et venues des passants. Mon camarade s'était un peu écarté sur la place lorsque j'ai aperçu deux jeunes gens qui s'avançaient rapidement portant une couronne. Le temps que je me précipite pour récupérer mon ami pour lui indiquer ces deux amis, ils avaient disparu ! Mais deux policiers en uniforme se penchaient déjà sur les lieux du crime, pour ramasser la couronne du martyr et la jeter dans la benne d'un véhicule de voirie qui s'était avancé.

C'était vertigineux de déclivité entre les niveaux de motivation. J'ai mesuré ma naïve ignorance de la situation du peuple allemand (je ne me doutais pas encore du degré de pourrissement de la nôtre). Mais nous la pressentions intuitivement, car nous avions confectionné dans deux gommes deux cachets assez réussis avec les lettres du nom d'Elstner, qui formaient la garde d'une épée dont la hampe était le T central. Nous avons décoré les intérieurs des portes des toilettes des stations service de l'autoroute: c'est une technique héritée de l'Occupation (...), peu héroïque mais assez efficace. Le lieu invite à quelques secondes de réflexion et éventuellement de commentaire.

Que notre époque soit pourrie jusqu'à l'os n'est pas, au contraire, une raison de cesser d'espérer et de baisser les bras. Mais il faut être réaliste : tout le monde n'a pas eu comme moi la chance de vivre les horreurs de la guerre; se trouver à de nombreuses reprises -une seule n'est pas suffisante- être une cible, ce qui est salutaire pour l'idée qu'on se fait de ses droits; souffrir des mois et des années, non seulement de la faim, mais de malnutrition, ce qui est désastreux pour le sens de la fraternité. On sait alors au moins que les critères de manipulation de l'ingénierie sociale ne fonctionnent plus et que tout devient possible aux cœurs fidèles.

Soyez béni et que le souffle de l'esprit de santé et de vie vous gonfle le cœur, ce qui est la signification étymologique de l'enthousiasme.