Le texte suivant est paru en préface à L’Argent et la Politique de Henry Coston, 1994, qui détaillait les comptes de campagne des députés élus aux élections législatives de 1993, pour lesquelles les contributions financières aux candidats avaient dû être déclarées à la Commission des comptes de campagne et avaient été publiées au Journal officiel du 12 avril 1994.

Coston Henry - Comment on devient député et comment on le reste

Extrait:

L’électeur se figure que c’est lui qui élit son député. Il lui délègue, effectivement, ses pouvoirs souverains, mais l’élu n’est pas, pour autant, son véritable représentant. Souverain débonnaire et confiant, l’électeur n’exerce pas vraiment sa souveraineté. Une fois qu’il a déposé dans l’urne, tous les cinq ans, son bulletin de vote, il a transformé son mandataire et l’a fait entrer dans le Système qui fait des parlementaires et des gouvernants, sauf très rares exceptions, les serviteurs, parfois les laquais, des puissances d’argent.

Car le Système n’est démocratique que de nom. En fait, il fonctionne sous le contrôle étroit des oligarchies financières, qui règlent la note de sa campagne électorale et qui subventionnent son parti.

Les récents scandales dits « des fausses factures » ont révélé que, pour remplir les caisses, plusieurs partis usaient de ce procédé et profitaient de leurs relations et de leur pouvoir pour monnayer leurs interventions au niveau municipal ou départemental : la multiplication des supermarchés qui éliminent les petits commerçants et favorisent la désertification des campagnes n’a été possible, après la loi Royer qui devait limiter leur nombre, que grâce à la corruption des élus et des partis.